Soixante pour cent. Voilà la part d’eau dans le corps humain, une statistique qui en dit long sur l’importance de bien s’hydrater, surtout après 50 ans. Entre 1,5 et 2 litres recommandés chaque jour, soit près de 600 litres par an, difficile de passer à côté. Eau minérale, gazeuse, de source ou du robinet, le choix ne manque pas sur les étals et dans les foyers. Mais toutes les eaux ne jouent pas dans la même catégorie. Pour y voir plus clair, éclairage avec le nutritionniste Anthony Berthou.
Pouvez-vous faire confiance à l’eau du robinet ?
En France, l’eau du robinet bénéficie d’un niveau de surveillance rarement égalé. Elle est contrôlée sur plus de soixante critères, édictés par l’OMS, avec un souci poussé pour les plus fragiles, comme les nourrissons ou les femmes enceintes. Parmi les indicateurs à l’étude : la teneur en minéraux, qui doit rester raisonnable. Prélevée dans la nature, l’eau subit une série de traitements avant de finir dans nos verres, puis de retourner dans l’environnement après usage et épuration.
Les avancées sur les stations d’épuration ont permis de faire reculer nettement la pollution aux nitrates et pesticides, aujourd’hui bien plus rare. Le plomb, quant à lui, n’est pratiquement plus présent dans l’eau distribuée. Le danger ne concerne que certains immeubles anciens, où subsistent d’anciens tuyaux : si l’eau est restée dans ces canalisations, le taux de plomb peut grimper. La parade est simple : laisser couler quelques instants avant de remplir sa carafe.
La part de chlore utilisée dépend du lieu : son rôle est de tuer les bactéries. Si avalé en trop grande quantité, ce désinfectant renforcerait l’acidité de l’organisme, mais les doses présentes dans l’eau sont infinitésimales et ne justifient en rien de s’en priver. Même chose pour le calcaire : un goût qui gêne certains, mais aucune incidence sur la santé.
Que dire alors des résidus médicamenteux parfois évoqués ? Leur présence, à ce jour, n’a jamais atteint un seuil avéré préoccupant, même si une absence totale ne peut être certifiée.
Les carafes filtrantes sont-elles vraiment utiles ?
La défiance qui entoure parfois l’eau du robinet conduit certains à adopter des systèmes de filtration, espérant obtenir ainsi une eau sans reproche. Pourtant, les conclusions de l’ANSES tempèrent cette certitude : les cartouches filtrantes peuvent vite devenir des nids à microbes, risquant d’altérer la qualité de l’eau plus qu’elles ne l’améliorent.
Rappelons-le : l’eau du robinet est l’un des produits alimentaires les plus vérifiés en France. Plus de 95 % de la population profite chaque jour d’une eau potable conforme. Certaines zones, notamment rurales ou agricoles intensives, continuent toutefois d’échapper à la règle. Les départements comme le Loiret, la Seine-et-Marne, l’Yonne, l’Aube, la Marne, le Pas-de-Calais ou la Somme sont plus fréquemment concernés. Un service public en ligne permet d’accéder aux résultats d’analyses locales.
Comment choisir l’eau en bouteille ?
Sur les rayons, les bouteilles d’eau se déclinent en deux grandes familles, toutes sans traitement préalable.
Pour s’y retrouver, voici ce qui distingue les principales eaux embouteillées :
- Eaux de source : puisées dans les nappes souterraines partout en France, elles répondent aux mêmes exigences que l’eau du robinet en terme de minéraux. Non traitées, elles affichent une pureté que certains estiment supérieure, même si la différence reste modeste.
- Eaux minérales : elles proviennent aussi du sous-sol, mais bénéficient de réglementations spécifiques, qui peuvent autoriser des teneurs en minéraux nettement supérieures à celles fixées pour l’eau du robinet.
Premier point à examiner : la quantité de résidus secs, autrement dit la somme des minéraux retrouvés après évaporation (sodium, magnésium, sulfate, calcium…). Contrairement à une croyance tenace, ce qui compte, c’est la légèreté en minéraux. Surcharger l’organisme ne présente aucun avantage, et peut même freiner l’assimilation des minéraux d’origine alimentaire. La bonne cible : un résidu sec inférieur à 100 mg/l. Repérez sur les étiquettes la mention « résidu sec à 180° », « extrait sec à 180° » ou « teneur totale en sel minéral à 180° ».
Dans les faits, les eaux minérales gagnent à rester un choix ponctuel. Leur richesse en sels minéraux risque de dépasser la norme qui prévaut pour le réseau public. Certaines vantent leur teneur en calcium ou magnésium, mais le corps humain absorbe mal ces nutriments sous cette forme. Lorsque des carences apparaissent, mieux vaut adapter l’assiette que se tourner vers la bouteille.
Les eaux de source, nettement moins minéralisées, sont plus indiquées pour l’usage quotidien. Elles constituent une alternative agréable si le goût du robinet vous rebute, ou si vous vivez dans une zone où l’eau est polluée.
Autre critère de choix : le pH. Notre estomac est naturellement acide, et une eau excessivement basique peut perturber la digestion. Cherchez un pH compris entre 6,5 et 7, c’est-à-dire neutre à légèrement acide. Sur l’étiquette, on le trouve généralement à côté du niveau de résidus secs.
Des particules de plastique dans l’eau en bouteille ?
Le constat inquiète : bon nombre d’eaux en bouteille renferment d’infimes fragments de plastique issus de l’emballage. La chaleur et la lumière favorisent leur migration vers l’eau, et il n’est pas rare que cela se retrouve dans notre verre.
Pour l’instant, l’impact réel sur la santé de ces microplastiques échappe en grande partie aux études. La recherche continue de creuser pour comprendre l’ampleur des risques.
L’eau gazeuse est-elle intéressante ?
L’eau gazéifiée a toute sa place lors des grands repas ou chez ceux dont la digestion est capricieuse. Riche en bicarbonate, elle neutralise l’excès d’acidité et aide à rééquilibrer le pH de l’estomac. Mieux vaut cependant l’éviter si vous êtes sujet aux ballonnements, au risque d’ajouter de l’inconfort à l’inconfort.
Du côté des sportifs, le bicarbonate qu’elle apporte contribue à compenser l’acidité générée par l’effort musculaire (acide lactique) et peut faciliter la récupération. Un simple verre d’eau gazeuse peut donc faire la différence après une séance exigeante, en accélérant la remise à l’équilibre des tissus.
Retenez ceci : en règle générale, les eaux gazeuses recèlent souvent beaucoup de minéraux et ne doivent pas devenir votre principale boisson. Pour un effet ponctuel, ciblez plutôt celles où le bicarbonate de sodium dépasse 600 mg/l, sans trop de minéraux à côté.
Et l’environnement dans tout ça ?
Produire de l’eau en bouteille consomme des quantités colossales d’énergie. Entre l’acheminement des matériaux, la fabrication des emballages et la livraison en magasin, chaque litre d’eau en bouteille rejette près de 8 kg de CO2. C’est comme parcourir 80 km en voiture… pour une bouteille à peine entamée.
Après usage, ces contenants s’entassent dans les décharges, se retrouvent incinérés, recyclés, ou finissent, parfois, dans la nature. L’incinération ou l’enfouissement, au passage, soulèvent aussi des questions de pollution de l’air et des sols.
Face à cela, choisir l’eau du robinet, c’est opter pour un mode de distribution beaucoup plus sobre, qui ménage l’environnement tout en assurant la qualité.
Enfin, que faire ?
Pour y voir plus clair, quelques repères simples s’imposent :
- Pour s’hydrater, opter pour l’eau du robinet reste la solution la plus économique, pratique et respectueuse de l’environnement.
- Si son goût ne plaît pas, ou si la qualité est incertaine dans votre commune, privilégiez une eau de source à faible minéralisation (résidus secs sous la barre des 100 mg/l, pH entre 6,5 et 7), par exemple Mont-Roucous, Montcalm ou Rosée de la Reine.
- Les eaux minérales n’ont d’intérêt que ponctuel. En cas de déficit, l’alimentation reste la stratégie la plus fiable.
- Après une séance de sport ou un repas lourd, un verre d’eau gazeuse, riche en bicarbonate, peut vous aider à retrouver l’équilibre.
Ceux qui veulent approfondir pourront consulter les analyses et conseils de professionnels de santé sur l’hydratation et la récupération sportive.
Au bout du compte, tout se joue souvent entre le robinet et la bouteille. Rester maître de ses choix, voilà la vraie trame de l’hydratation quotidienne.



