GIR après hospitalisation : quand et comment demander une nouvelle évaluation ?

Votre parent rentre de l’hôpital après une chute, une opération ou un épisode infectieux. Il ne marche plus seul, a besoin d’aide pour se lever, ne mange plus sans assistance. Son GIR actuel, évalué plusieurs mois avant, ne correspond plus du tout à ce que vous observez au quotidien. Une réévaluation du GIR permet d’ajuster le niveau d’aide et, le cas échéant, le montant de l’APA à la réalité de sa perte d’autonomie.

Dossier médical de sortie : la pièce que les aidants sous-exploitent

Avant même de contacter le conseil départemental, le document le plus utile est entre vos mains. Le compte rendu d’hospitalisation détaille les capacités fonctionnelles à la sortie : transferts lit-fauteuil, marche avec ou sans aide technique, alimentation, continence, orientation dans le temps et l’espace.

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Ces observations, rédigées par l’équipe soignante sur plusieurs jours, constituent une photographie bien plus fiable qu’une visite d’évaluation ponctuelle à domicile. Vous avez le droit de demander ce document au service hospitalier dès la sortie.

Concrètement, repérez dans le compte rendu les mentions relatives aux activités de la grille AGGIR : toilette, habillage, déplacement, cohérence, orientation. Chaque dégradation notée par l’hôpital appuie votre demande de réévaluation. Notez aussi les prescriptions de kinésithérapie, d’orthophonie ou d’aide à domicile, qui signalent une perte d’autonomie reconnue médicalement.

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Un infirmier à domicile aide un homme âgé à remplir un formulaire d'évaluation GIR dans son salon après une sortie d'hospitalisation

Préparer un relevé d’observations quotidiennes

L’évaluateur qui viendra à domicile ne voit qu’un instant figé. Un aidant familial, lui, observe la personne sur la durée. Tenez un carnet simple pendant la première semaine de retour : heure du lever, nombre de fois où votre parent a eu besoin d’aide pour se déplacer, épisodes de confusion, repas pris seul ou non.

Ce relevé d’observations daté complète le dossier médical et donne à l’évaluateur une vision plus juste de la situation réelle. Il ne remplace pas l’évaluation officielle, mais il l’enrichit avec des faits concrets que la grille AGGIR seule ne capte pas toujours.

Réévaluation GIR après hospitalisation : à qui adresser la demande

La demande de réévaluation du GIR se fait auprès du conseil départemental du lieu de résidence de votre parent. Depuis 2025, les hôpitaux disposant d’unités de coordination gériatrique peuvent initier directement cette demande, ce qui réduit les délais de plusieurs semaines par rapport au circuit classique.

Vous n’avez pas besoin d’attendre que votre parent soit stabilisé. La demande peut être formulée dès le retour à domicile ou même avant la sortie, en lien avec l’assistante sociale de l’hôpital. Le médecin traitant peut également signaler la dégradation au conseil départemental.

Les étapes concrètes de la demande

  • Contactez le CLIC (Centre local d’information et de coordination) ou le service APA de votre département. Un courrier ou un appel suffit pour déclencher la procédure de réévaluation.
  • Joignez le compte rendu d’hospitalisation, les prescriptions de soins à domicile et, si possible, votre relevé d’observations quotidiennes.
  • Demandez explicitement une visite d’évaluation à domicile par un membre de l’équipe médico-sociale du département, qui appliquera la grille AGGIR sur place.

En zone rurale, les délais de visite à domicile peuvent être plus longs, ce qui crée parfois des ruptures d’aide entre la sortie d’hôpital et la réévaluation effective. C’est précisément là que l’ARDH (aide au retour à domicile après hospitalisation) prend le relais.

ARDH et APA : deux dispositifs à articuler pendant la transition

L’ARDH est une aide temporaire versée par la caisse de retraite. Elle couvre les premières semaines après l’hospitalisation, le temps que la réévaluation du GIR aboutisse et que le nouveau plan d’aide APA soit mis en place.

L’ARDH n’est pas cumulable avec l’APA sur la même période, mais elle permet de financer des heures d’aide à domicile, du portage de repas ou de la téléassistance en attendant. La demande se fait auprès de la CARSAT (ou de la MSA pour les anciens exploitants agricoles), idéalement avant la sortie de l’hôpital.

Une femme d'âge moyen discute d'une réévaluation du niveau GIR avec un coordinateur de soins gériatriques dans un cabinet médical

Si le nouveau GIR évalué après hospitalisation ouvre droit à un niveau d’APA supérieur, le plan d’aide sera révisé en conséquence. Le montant de l’APA dépend directement du GIR attribué : plus la perte d’autonomie est importante (GIR 1 ou 2), plus le plan d’aide est conséquent.

Que faire si le GIR attribué ne reflète pas la réalité

L’évaluation repose sur ce que l’évaluateur observe le jour de sa visite. Or une personne âgée peut mobiliser ses ressources ponctuellement et paraître plus autonome qu’elle ne l’est au quotidien. C’est un biais fréquent, documenté par les professionnels de terrain.

Vous pouvez contester la décision en adressant un recours au président du conseil départemental. Ce recours doit s’appuyer sur des éléments médicaux : certificats du médecin traitant, du kinésithérapeute, comptes rendus hospitaliers. Le recours est gratuit et n’interrompt pas le versement de l’APA en cours.

Évaluation GIR en EHPAD ou à domicile : des résultats différents

Le lieu de vie influence directement le résultat de l’évaluation. En EHPAD, l’équipe soignante observe la personne en continu, ce qui permet de détecter des complications post-hospitalisation (confusion nocturne, chutes répétées, refus alimentaire) que l’évaluateur à domicile ne verrait pas lors d’une visite unique.

Les réévaluations en établissement aboutissent plus fréquemment à une reconnaissance de dépendance accrue qu’à domicile. Ce n’est pas que la personne va mieux chez elle, c’est que la grille AGGIR capte moins bien les difficultés intermittentes lors d’une visite ponctuelle.

Pour un parent vivant à domicile, la présence de l’aidant lors de la visite d’évaluation fait une différence. Vous pouvez décrire les situations concrètes que la personne ne montrera pas spontanément : se relever seule la nuit, retrouver le chemin des toilettes, gérer ses médicaments.

  • Préparez une liste des activités pour lesquelles votre parent a besoin d’aide depuis l’hospitalisation, en vous référant aux critères de la grille AGGIR (toilette, habillage, alimentation, déplacements, cohérence, orientation).
  • Notez les différences entre ce que la personne peut faire « dans un bon jour » et ce qu’elle fait réellement au quotidien.
  • Signalez les aides techniques nouvellement nécessaires (déambulateur, lit médicalisé, barres d’appui) qui témoignent d’un changement de situation.

La réévaluation du GIR après une hospitalisation n’a rien d’automatique. C’est une démarche que l’aidant doit déclencher, documenter et parfois défendre. Le dossier médical de sortie reste votre meilleur allié : il fournit des données objectives, datées, que ni l’évaluateur ni la commission ne peuvent ignorer.