Gir 1 à 6 : comprendre les niveaux de dépendance sans jargon médical

Le GIR classe la perte d’autonomie d’une personne âgée sur une échelle de 1 à 6. GIR 1 correspond à la dépendance la plus lourde, GIR 6 à une autonomie préservée. Ce classement détermine l’accès à l’Allocation personnalisée d’autonomie (APA) et oriente le type d’accompagnement, à domicile ou en établissement.

Derrière chaque niveau, les écarts de besoins concrets sont considérables. Comprendre ce que chaque GIR implique au quotidien permet d’anticiper les décisions, sans attendre qu’un professionnel pose un chiffre sur une situation déjà dégradée.

Ce que le GIR mesure (et ce qu’il ne mesure pas)

Le GIR ne quantifie pas une maladie. Il évalue ce qu’une personne peut faire seule dans les gestes du quotidien : se lever, se laver, s’habiller, manger, se déplacer, communiquer. Deux personnes atteintes de la même pathologie peuvent relever de GIR différents si l’une conserve une mobilité que l’autre a perdue.

L’évaluation repose sur la grille AGGIR, qui examine 10 activités discriminantes (toilette, habillage, alimentation, transferts, déplacement intérieur, etc.) et 7 activités illustratives liées à la vie sociale (cuisine, ménage, transports). Seules les 10 premières déterminent le classement GIR.

Chaque activité est cotée selon trois modalités : la personne fait seule, fait partiellement, ou ne fait pas. Le croisement de ces cotations produit le niveau de GIR. Ce n’est pas une addition de points, mais un algorithme qui pondère les combinaisons de capacités et d’incapacités.

Un homme âgé en fauteuil roulant accompagné par un infirmier dans le couloir d'un établissement de soins, représentant un niveau GIR élevé de dépendance

Tableau comparatif des GIR 1 à 6 : autonomie, APA et type de prise en charge

GIR Niveau de dépendance Éligibilité APA Prise en charge type
GIR 1 Dépendance totale, fonctions mentales et corporelles gravement altérées, présence continue nécessaire Oui EHPAD ou domicile avec aide permanente
GIR 2 Dépendance lourde, soit cognitive (déplacements possibles mais désorientation), soit physique (grabataire avec lucidité conservée) Oui EHPAD ou domicile renforcé
GIR 3 Autonomie mentale conservée, aide quotidienne pour la toilette et l’habillage Oui Domicile avec aide pluriquotidienne ou EHPAD
GIR 4 Déplacements autonomes à l’intérieur, aide pour les transferts ou la toilette Oui Domicile avec aide régulière
GIR 5 Aide ponctuelle (repas, ménage), autonomie pour les actes corporels Non Domicile, résidence autonomie
GIR 6 Autonomie pour tous les actes de la vie courante Non Domicile sans aide spécifique

Seuls les GIR 1 à 4 ouvrent droit à l’APA. Les personnes classées GIR 5 ou 6 peuvent solliciter d’autres aides (aide-ménagère, action sociale des caisses de retraite), mais pas l’allocation personnalisée d’autonomie.

GIR 2 : la frontière la moins lisible entre dépendance physique et cognitive

Le GIR 2 concentre les situations les plus hétérogènes. La grille AGGIR distingue deux profils très différents sous ce même classement.

Le premier profil concerne des personnes dont les fonctions cognitives sont gravement atteintes (désorientation, incohérence du comportement) mais qui conservent une capacité à se déplacer. Concrètement, une personne atteinte de troubles neurodégénératifs avancés qui marche sans difficulté mais ne reconnaît plus son domicile relève du GIR 2.

Le second profil regroupe des personnes lucides, capables de communiquer et de prendre des décisions, mais dont le corps ne suit plus : grabataires ou quasi grabataires, dépendantes pour tous les actes physiques. En revanche, leur autonomie mentale reste intacte.

Le plan d’aide APA pour un GIR 2 cognitif diffère radicalement de celui d’un GIR 2 physique. Le premier nécessite une surveillance quasi permanente pour éviter les fugues et les mises en danger. Le second requiert des interventions techniques (transferts, toilette, nursing) mais pas forcément une présence continue.

Résidence autonomie et EHPAD : le GIR comme filtre d’admission

Le classement GIR ne sert pas uniquement à calculer des aides financières. Il conditionne aussi l’accès à certaines structures.

Depuis février 2025, une résidence autonomie ne peut accueillir plus de 20 % de résidents classés en GIR 1 à 3. Ce plafond, relevé par rapport au seuil précédent de 15 %, traduit une réalité concrète : si la dépendance d’un résident s’aggrave au point de basculer en GIR 3 ou au-delà, la résidence peut être contrainte de proposer une réorientation vers un EHPAD.

En EHPAD, la majorité des résidents relève des GIR 1 et 2. Le tarif dépendance facturé varie selon le GIR, mais cette mécanique est en train d’évoluer.

  • Dans 23 départements expérimentaux depuis juillet 2025, un forfait global unique fusionne les anciens forfaits soins et dépendance, ce qui rend la ligne « dépendance » moins visible sur la facture
  • Dans les autres départements, le tarif dépendance reste calculé selon trois tranches : GIR 1-2, GIR 3-4, GIR 5-6
  • Le reste à charge réel en EHPAD dépend aussi des aides (APA en établissement, aide sociale à l’hébergement) et du niveau de ressources du résident

Une femme d'une soixantaine d'années lisant un formulaire d'évaluation GIR dans une cuisine adaptée aux personnes à mobilité réduite

Contester ou faire réévaluer un GIR : quand et comment

Le GIR n’est pas figé. Une chute, une hospitalisation, l’apparition de troubles cognitifs peuvent modifier la situation en quelques semaines. Toute personne ou son entourage peut demander une réévaluation du GIR auprès du conseil départemental, sans attendre le renouvellement du plan d’aide.

L’évaluation est réalisée par un membre de l’équipe médico-sociale du département (médecin ou infirmier). À domicile, elle a lieu chez la personne, en observant ses capacités réelles dans son environnement quotidien. En EHPAD, c’est le médecin coordonnateur de l’établissement qui réalise l’évaluation.

Un GIR sous-évalué prive la personne d’un plan d’aide suffisant. Un passage de GIR 4 à GIR 3 peut augmenter significativement le montant mensuel de l’APA et ouvrir l’accès à davantage d’heures d’aide à domicile. En cas de désaccord avec le classement attribué, une contestation est possible auprès de la commission départementale.

Le GIR reste un outil administratif, pas un diagnostic. Il traduit un niveau de besoin à un instant donné. Sa pertinence dépend entièrement de la qualité de l’évaluation sur le terrain, c’est-à-dire de la capacité de l’évaluateur à observer ce que la personne fait réellement, et non ce qu’elle déclare pouvoir faire.