Le calcul de la participation des descendants au financement d’un hébergement en EHPAD repose sur un mécanisme précis piloté par le conseil départemental. Depuis la loi « Bien vieillir » du 8 avril 2024, le périmètre des obligés alimentaires a été resserré dans le cadre de l’ASH : les petits-enfants sont définitivement exclus de la sollicitation départementale. Seuls les enfants (et certains alliés) peuvent être mis à contribution.
Ce changement modifie la mécanique des enquêtes de ressources et, par ricochet, le montant demandé à chaque obligé.
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Grilles de reste à vivre du conseil départemental : ce que les barèmes ne disent pas
Les départements ne publient pas tous leurs grilles de calcul. Nous observons pourtant une logique commune : le service instructeur part des revenus nets imposables du foyer de chaque obligé alimentaire, en soustrait les charges fixes retenues (loyer ou mensualité de crédit immobilier, pensions alimentaires déjà versées, frais de garde, impôts), puis détermine un « reste à vivre ».
C’est sur ce reste à vivre qu’un pourcentage de contribution est appliqué. Le taux varie d’un département à l’autre et selon les tranches de revenus. Certains départements appliquent un barème progressif comparable à un barème fiscal, d’autres retiennent un taux unique au-delà d’un seuil plancher.
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Le point technique à retenir : la grille départementale n’a aucune valeur réglementaire nationale. Elle sert de base de négociation, pas de décision définitive. En cas de désaccord, c’est le juge aux affaires familiales qui tranche, en appliquant les articles 205 à 207 du Code civil et sa propre appréciation de la proportionnalité.

Dossier ASH auprès du département : pièces et séquence de l’instruction
La demande d’aide sociale à l’hébergement se dépose au CCAS de la commune de résidence du parent avant son entrée en établissement (ou dans les deux mois suivants, selon les règlements départementaux). Le CCAS transmet au conseil départemental, qui déclenche l’enquête d’obligation alimentaire.
Documents demandés aux obligés alimentaires
Le département adresse un questionnaire de ressources à chaque enfant identifié. Nous recommandons de préparer le dossier en amont pour éviter les relances qui allongent l’instruction.
- Dernier avis d’imposition du foyer fiscal de l’obligé, incluant les revenus du conjoint ou partenaire de PACS
- Justificatifs de charges fixes : quittances de loyer ou tableau d’amortissement du prêt immobilier, attestation de pension alimentaire versée à un tiers, frais de scolarité
- Tout document attestant d’une situation particulière (invalidité, chômage, surendettement) susceptible de réduire la capacité contributive
Le département calcule ensuite la participation de chaque obligé et notifie sa décision. Le résident reverse environ 90 % de ses revenus à l’établissement, le département couvrant le différentiel après prise en compte des contributions familiales.
Récupération sur succession après versement de l’ASH
L’ASH n’est pas une aide « gratuite » pour le patrimoine familial. Le département récupère les sommes avancées sur l’actif net successoral au décès du bénéficiaire. Ce mécanisme de récupération successorale est souvent sous-estimé par les familles au moment du dépôt de la demande.
Concrètement, si le parent possédait un bien immobilier ou une épargne, le département inscrit une créance qui sera soldée lors du règlement de la succession. Le seuil de récupération et les modalités varient selon les départements, mais la créance prime sur les droits des héritiers à hauteur des sommes versées.
Nous recommandons de faire chiffrer l’impact successoral avant de solliciter l’ASH. Dans certaines configurations patrimoniales, il peut être plus avantageux pour les descendants de financer directement le reste à charge sans passer par l’aide sociale, afin de préserver la transmission du patrimoine.
Tarifs d’hébergement non habilités et plafonnement à 0,86 %
En 2026, les établissements non habilités à l’aide sociale voient leur augmentation tarifaire plafonnée à 0,86 % par an. Ce plafonnement encadre le reste à charge avant toute sollicitation des obligés alimentaires et impacte directement le calcul de la participation familiale.
Pour les établissements habilités à l’aide sociale, le tarif hébergement est fixé par le président du conseil départemental. La différence entre ces deux régimes tarifaires peut représenter plusieurs centaines d’euros mensuels, ce qui modifie considérablement le montant demandé aux descendants.
Vérifier l’habilitation avant de déposer le dossier
Un EHPAD non habilité à l’aide sociale ne permet pas de bénéficier de l’ASH. Le choix de l’établissement conditionne donc l’accès au dispositif départemental. Avant toute admission, nous recommandons de vérifier le statut d’habilitation directement auprès du conseil départemental ou sur la fiche de l’établissement.
Contestation du montant fixé par le département : recours et délais
La notification du département n’est pas une sentence. Chaque obligé alimentaire peut contester le montant devant le juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire du lieu de résidence du parent. Le juge dispose d’un pouvoir souverain d’appréciation et n’est pas lié par la grille départementale.
Les motifs de contestation les plus fréquents portent sur la sous-estimation des charges de l’obligé, la non-prise en compte d’un changement de situation (perte d’emploi, divorce) ou la disproportion entre la contribution demandée et les ressources réelles du foyer.
- Saisine du juge aux affaires familiales par requête simple, sans avocat obligatoire
- Possibilité de demander une révision en cas de changement de situation postérieur à la décision
- Le juge peut aussi prononcer une dispense totale si le parent a gravement manqué à ses obligations envers l’enfant (article 207 alinéa 2 du Code civil)

La déductibilité fiscale des sommes versées au titre de l’obligation alimentaire reste un levier à ne pas négliger. Les montants effectivement payés sont déductibles du revenu imposable de l’obligé, à condition de pouvoir justifier les versements. Cette déduction réduit la charge nette réelle et doit être intégrée au calcul global avant d’arbitrer entre financement direct et recours à l’ASH.

